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04/03/2013

Etre normal(e) ne m'intéresse pas

Karl Lagerfeld est un monsieur très intéressant.

Parfois exaspérant par son côté personnage fabriqué, déconnecté des réalités et phobique des personnes en surpoids, entre autres.

Parfois fascinant quand il arrive à dessiner une robe sublime en 3 coups de crayons qui a priori ne ressemblent à rien.

Il n'est pas encore maintenant artistiquement et médiatiquement présent par hasard en tous cas.

Ce sont toutes ces facettes que l'on pouvait découvrir dans le documentaire qui lui était consacré samedi soir sur Arte.

Au cours duquel il a prononcé une phrase qui a résonné en moi comme un écho

"être normal(e) ne m'intéresse pas".

Comme lui, finalement, être normale ne m'intéresse pas.

J'apprécie peu la vie sociale et ses corollaires.

Après de longues années à tenter désespérément de me couler dans un moule de conformité, je dois bien constater un échec cuisant de tous mes essais.

C'est un long chemin et un travail au long cours pour admettre qu'on a pas envie d'être comme tout le monde.

Enfant, adolescent, jeune adulte on tente plutôt à tout prix d'être intégré à un groupe, de ressembler à ses pairs, de ne pas dépasser de la masse, sauf exception.

Avec une ascendance composée principalement de foldingues et de gens chassés de partout, ça me paraissait une bonne option, de me poser un peu sans faire de vagues.

Sauf que..

Sauf que ça ne fonctionne pas.

Le conformisme est insupportable, les conventions m'ennuient, les relations  standard me cassent les pieds.

Je peine à maintenir des relations sociales convenables. J'évite les réjouissances familialo-traditionnelles telles qu'anniversaires, mariages, cocktails et bar-mitzvahs le plus possible.

Inviter des gens est un calvaire. J'ai en permanence l'impression d'être dans un diner presque parfait, jugée sur ma déco, ma cuisine et mon animation. Ca me stresse. Je n'invite plus.

Quant aux fêtes obligées, je les boycotte majoritairement. Elles provoquent un ennui total et irrémédiable.

C'est à peine si j'arrive à me forcer à faire les anniversaires des enfants et de mes parents.

Quant au mien, ça fait longtemps que j'ai fait l'impasse dessus.

Même pas par une quelconque coquetterie liée à l'âge. Au bout de 50 et quelques éditions qui, année après année, finissent toujours par se ressembler en fin de compte, souffler la sempiternelle bougie devient juste fatigant.

Comme la monochromie, la pensée unique, et surtout le politiquement correct.

Plus les années passent, plus le fait d'être dans le moule m'intéresse de moins en moins. Je ne m'en soucie même plus d'ailleurs.

Je garde quelques restes de normalité encore ceci dit, on ne brûle pas plus de 4 décennies d'efforts du jour au lendemain.

Je travaille, je gagne ma vie, j'arrive encore à m'intégrer dans une structure hierarchisée au prix d'efforts notables non sans avoir abandonné au passage toute forme d'ambition professionnelle qui me conduirait irrémédiablement à verser dans le béni-oui-oui.

Sauf à monter ma propre structure, mais je suis bien trop vélléitaire et flemmarde pour le faire.

J'ai bon espoir de me débarrasser au plus vite de ces derniers restes d'activité sociale rapidement. 

Le prix à payer pour ceci est que je finirai certainement seule, bouffée par mes chats. 

Ce qui me convient assez, au moins j'aurais servi à quelque chose.

Et j'aurais au moins gagné la satisfaction d'être moi, et pas une copie de quelqu'un que j'aurais voulu éventuellement être.

Je laisserai le mot de la fin à Oscar Wilde, l'un des plus fins connaisseurs du comportement humain 

"Soyez-vous même, les autres sont déjà pris"

 

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06:00 Publié dans Les chroniques à Manu | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : vie sociale, normalité, conventions, karl lagerfeld | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

Oui chouette ce reportage, Mademoiselle a bien aimé et m'a demandé de lui rapporter une robe qu'elle a vu dedans lors de mon proche séjour parisien... Je crois que j'ai un peu détruit un de ses rêves mais faut pas mentir aux enfants qu'ils disent ;-)

Sinon la normalité y a des jours où j'en ai envie et d'autres pas du tout, en fait ça dépend souvent du gros bordel dans lequel je suis plongée, y a de moments où pour me reposer un peu j'aimerai plus de normalité mais bon... vu la tronche que tirent régulièrement mes collègues devant ce que je dis ou fait je crains que naturellement je ne sois pas normale. Tant pis pour eux et pour mon schéma de carrière. Mes potes qui sont là depuis pas mal d'années eux sont rodés et ne font plus attention.

Écrit par : Cécile - Une quadra | 04/03/2013

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Déjà, s'agirait de s'entendre sur le terme de "normalité" est-on plus normal lorsqu'on est intégré dans la société, avec un boulot, une vie sociale, ou bien l'est-on parce qu'on vit, dort, bouffe comme les autres ? L'est-on encore lorsqu'on vit dans une autre culture, d'autres traditions ?

Si on y réfléchit, chacun après tout est unique, et avec un peu de malice je dirais qu'on est tous le normal, ou l'anormal de quelqu'un, tout dépend où se place le curseur.

Dans la bouche de Lagerfield qui déteste tout ce qui est "normal" et "conformiste" c'est surtout cette volonté d'être unique que j'entends, plus que le rejet de la normalité.

Se placer en dehors du cercle, ne pas pouvoir être comparé, être le seul.
Ne le souhaitons-nous pas tous ? Avoir le sentiment d'être unique, d'être spéciale, d'être hors normes, bref, tout sauf normal.

Écrit par : Dom | 04/03/2013

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Dom a bien résumé m'a pensé.
A contrario de toi je serai plutôt du genre très sociable, j'ai besoin de mes petits moments de solitudes disons (pour lire notamment)
Plus jeune mon look et ma grande gueule ont fait que l'on me trouvait un peu "excentrique", je me suis assagie vestimentairement parlant...Cependant dans mon boulot j'ai l'image de "la petite rigolote qui se laisse pas marcher dessus " (ce qui est effectivement un pan de ce que je suis). Vestimentairement je suis tout en couleur, donc hors du groupe des noir/gris/beige qui semble être l'uniforme un peu partout.
Je crois que je navigue entre conformisme et "hors catégorie", la phrase d'Oscar Wilde me parait des plus sensée et je m'y reconnais.

Écrit par : Poulette Dodue | 04/03/2013

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"Je travaille, je gagne ma vie, j'arrive encore à m'intégrer dans une structure hierarchisée au prix d'efforts notables non sans avoir abandonné au passage toute forme d'ambition professionnelle qui me conduirait irrémédiablement à verser dans le béni-oui-oui."

c'est sans doute le plus dur.

Écrit par : romain blachier | 04/03/2013

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Je suis d' accord sur chaque mot écrit chère Manu, au risque de passer pour des sauvages. Être tout le temps conforme aux standards cela est déjà insupportable dans le vie professionnelle, mais on est obligé de gagner sa vie, l'être dans le privé relève de la pathologie. Alors qu'importe l'approbation des autres, nous sommes les dirigeants de nos vies et nos propres juges. Ciao
Maria R.

Écrit par : Maria | 04/03/2013

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Ahhhh... C'est sans doute pour ça que je t'apprécie.
Même si je ne suis pas toujours d'accord avec toi (voire même en total désaccord parfois).
Je suis un peu comme toi. Beaucoup même.
Et ça s'arrange pas en vieillissant, je le reconnais.

Ma famille ? C'est quand je veux. Je ne l'ai pas choisie. Elle est plutôt pas mal, hein ? Mais bon, elle me gonfle.

Le travail ? Pas le choix hein ? Alors je compose. Je suis la rigolote et forte en gueule. Je fuis les éternels négatifs que j'ai envie de secouer. Je fuis les éternels positifs alors que c'est la merde dans cette boîte. Je cherche à côtoyer les "un peu fous-fous", de l'evaporée du site à 200 km avec laquelle j'échange des mails délirants critiquant la direction au comptable bien caché qui se révèle être très drôle et totalement décalé.
Quand j'interviens en réunion on m'écoute. Alors que d'autres non.

Mes enfants : je les éduque pour qu'il ne me fasse pas trop chier. Idem je les laisse tranquille. Genre s'ils n'ont pas rangé leur chambre depuis 1 an, je m'en fous. C'est eux qui vivent dans leur merdier. Pas moi.

Les enfants des autres (et pire leur parents) : envie de mettre des tartes à tout ce petit monde. Insupportable. Bruyant et parents qui se la jouent cool mais qui sont hyper stressés.

Je déteste le politiquement correct. La mode. Les obligations. Les contraintes. Le paraitre. Les non dits. Les sous-entendus. Les compromissions.
Je serai éternellement une petit employée commerciale de base. Qui s'éclate avec ses clients (parce que faut pas croire mais y'a beaucoup d'autres personnes comme nous) mais n'a aucune vision de carrière. Et ne veux surtout pas en avoir.
Je suis ce que je suis et je me plais comme ça. Souvent même je m'aime.
Bon, j'aimerais pouvoir arrêter de fumer. Mais c'est tout. Pour vivre plus longtemps parce que j'adore la vie.
Et la campagne ;-) parce qu'on y vit tranquille et un peu plus libre. Ne t'en déplaise :-)

Écrit par : Aline | 04/03/2013

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@Cecile : certainement. Je comprends que des gens plongés en plein marasme aspirent à la normalité. Et inversement
@Dom : non. Il y a plein de gens qui veulent être "comme les autres"
@Romain : j'y travaille intensément
@Maria : on devrait, en tous cas
@Aline : je pense que ma vie serait plus courte à la campagne. Je me suiciderais rapidement

Écrit par : emanu124 | 04/03/2013

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Salut Manu,

Tu as raison, je prône la différence, et le non moutonnage, et pour l'instant ca me réussit plutôt bien, surtout quand on voit les autres agités, surtout les excités du boulot qui ne voient pas le temps passer. Et qui quand ils s’arrêtent, ont le sentiment de se noyer la bouche ouverte. Ce qui arrivera fatalement une fois ou l’autre. Parfois même prématurément. Sans avoir eu vraiment le temps de vivre leur vie. Tristounet, non?

Biz

Jordane

Écrit par : jordane de MonBonPote.com | 04/03/2013

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merci pour cet article particulièrement jouissif pour la non-normale que je suis ! J'adore, tout simplement.

BM

Écrit par : Beautymist | 04/03/2013

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Je crois que tout a été dit dans les précédents commentaires. J'aime beaucoup tes mots.
Et ce qui me plaît le plus, c'est que tu te sentes apparemment en paix avec toi-même.
Au-delà d'être normal ou pas, elle est là, la vraie bénédiction de la vie.

Écrit par : anahita | 04/03/2013

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