Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/06/2013

La politique expliquée aux blondes - 17 - La combine à Nanard

Etant donné qu'on a parlé hier ici de Guéant qui a le bon goût de jouer les fusibles pour son chef, notamment dans l'affaire Tapie, il était somme toute logique de s'intéresser à l'affaire Tapie elle-même.

Car  Bernard a atterri en garde à vue hier, mais finalement pourquoi en fait ?

Au vu des explications embrouillées parfois offerte à ta curiosité, amie blonde, j'ai décidé dans ma grande bonté de t'aider à comprendre le pourquoi du comment du Nanard en remontant la chronologie de l'affaire.

Après avoir été chanteur et pilote de F3 et avant d'avoir été dirigeant de foot,  animateur télé, ministre, taulard, chanteur, comédien, homme d'affaires et taulard, Tapie a été homme d'affaires.

Euh, oui, vu comme ça, c'est moyennement clair.

Pour simplifier au début de cette affaire, Bernard était dans le business. Sa spécialité ? Reprendre des boites qui allaient mal, claironner qu'il allait les remonter et les revendre par petits bouts en empochant des bénéfices au passage.

Sa gouaille de camelot et son énergie le rendent assez sympathique à l'époque pour enfumer les milieux d'affaires et même le monde politique.

Il incarne la réussite à la française et  fascine même littéralement Mitterrand qui le nomme carrément ministre de la ville en 1992.

Mais revenons à l'affaire Adidas

Parce qu'il est ministre et pour éviter qu'on l'accuse de conflits d'intérêt, Tapie revend  le groupe Adidas, qu'il avait acheté en perdition et, accordons-lui ce crédit, remis sur les rails,  pour 315millions d’euros à des investisseurs, dont le Crédit Lyonnais.

Le groupe est revendu en 1994 par le dit Crédit Lyonnais pour 701 millions d’euros. 2 fois son prix d'achat. Nanard hurle au "montage frauduleux".

S'ensuivent une cascade de procès plus ou moins continus en fonction des autres aléas judiciaires de Bernard, notamment sa mise à l'ombre en 97 dans l'affaire OM-Valenciennes.

(oui, il se murmure que Nanard truquait un poil ses matches, mais se sont de mauvaises langues qui se permettent d'insinuer, jamais il n'aurait fait ça)

Entre temps le Crédit Lyonnais fait un peu n'importe quoi avec ses investissements et le lion se retrouve quasiment à poil. (lion-poil, humour, pouet pouet).

L'état (donc toi et moi) se cotise pour éponger ses conneries, au lion,  et met en place le Consortium De Réalisation (CDR), chargé de gérer le passif de la banque.

A peu près en même temps,  le siège du Crédit Lyonnais brûle de façon fort opportune et une partie des archives disparaissent dans l'incendie.

Ben voyons. Comme c'est pratique.

(Pour les très jeunes et ceux qui ne suivent rien le Crédit Lyonnais c'est LCL aujourd'hui, la banque a remonté la pente et changé de nom pour se faire un peu oublier et éventuellement nous prendre pour des buses)

D'aléas en intempérie, en avanie, en allers-retours et en procès divers, finalement en 2005 le fameux CDR est condamné par la cour d’appel de Paris à verser 135 millions d’euros à Bernard Tapie.  

Le consortium consortise et fait à nouveau appel du jugement, refusant de mettre la main au portefeuille. 

2006 la Cour de cassation fait son boulot et casse. La condamnation du CDR est annulée. Retour à la case départ, on en voit pas le bout.

2007 : entre temps Nanard est devenu pote avec Nicolas, et fait activement campagne pour lui. En mai Nicolas est élu, Bernard se serait écrié "c'est dans la poche". En Octobre : le CDR et Bernard Tapie acceptent de régler leur petite affaire auprès d’un tribunal arbitral privé, procédure parfois employée dans ce type de conflit au long cours. On apprend aujourd'hui que cette décision a donné lieu à pas mal de de réunions de concertation, dont certaines à l'Elysée ET potentiellement en présence de Bernard (ce qu'il nie farouchement). Voire de Nicolas (ce qu'il nie farouchement aussi).

2008 : les trois juges du tribunal arbitral condamnent en toute impartialité le CDR à verser à Bernard Tapie 285 millions d’euros d’indemnités, dont 45 millions à titre de préjudice moral, soit 403 millions d’euros avec les intérêts.

Note les 45 millions au titre de "préjudice moral" qui te donne carrément envie de coller toi aussi un procès à ta banque pour préjudice moral parce qu'elle s'est trompée dans ses agios.

Bernard exulte et s'empresse de faire quelques menues emplettes discrètes comme un yacht, une villa à Saint-Trop', un hôtel particulier à Neuilly et un groupe de presse, La Provence.

2011 : Nicolas arrive en fin de mandat et les juges qu'il a passablement agacé pendant sa présidence se vengent en commençant à farfouiller dans ses petite affaires. Dont ce fameux jugement arbitral. Et à force de farfouiller, il trouvent des petits détails embarrassants. Tellement embarrassant que le 4 août, la Cour de justice de la République (CJR) ouvre officiellement une enquête sur Christine Lagarde, qui était ministre des finances au moment du jugement pour « complicité de faux » et « complicité de détournement de biens publics ».

9 décembre : le PDG d’Orange et ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde, Stéphane Richard, est entendu comme témoin par la CJR. Le PDG d'Orange est vert de rage. (boh, je peux non ? Non ?)

2012 : en mai, Nicolas est définitivement battu. Bernard perd son pote et ses éventuels soutiens. Les juges grattent de plus en plus profond, ça sent le règlement de comptes. Fort fort fort.

18 septembre : ouverture d’une information judiciaire contre X pour « usage abusif de pouvoirs sociaux et recel de ce délit » au préjudice du CDR.

En gros pour te résumer on soupçonne X d'avoir magouillé en abusant de sa position pour arriver à ses fins.

Qui est X ? On ne sait pas pour l'instant. Marc Dorcel ne répond pas au téléphone à ce stade.

 

2013

24 janvier : perquisitions chez Bernard Tapie et Stéphane Richard.

27 février : perquisitions au domicile de Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée lors de l’arbitrage. Dont on parlait hier, souviens-toi.

20 mars : perquisition au domicile parisien de Christine Lagarde. C'est potentiellement là qu'on a retrouvé la fameuse lettre "oh-oui-Nicolas-prend-moi-sur-la-table-du-conseil-des-ministres"

24 mai : Christine Lagarde est placée sous le statut de témoin assisté par la Cour de justice de la République (CJR) à l’issue de deux jours d’audition.

Christine is free. Elle est heureuse. Le FMI commence à se dire qu'il ne mettra plus de français à sa direction avant environ 2 siècles.

29 mai : L’un de trois juges du tribunal arbitral, Pierre Estoup, est mis en examen pour « escroquerie en bande organisée. ». Pour quelqu'un qui disait ne pas connaitre du tout Tapie, on retrouve quand même chez lui une douce dédicace de Nanard le remerciant d' "avoir changé le cours de sa vie". 

10 juin : Stéphane Richard et Jean-François Rocchi, président du CDR, sont placés en garde à vue. Je ne sais pas très bien pourquoi le président du CDR est collé au zonzon, mais bon à ce stade, tout le monde y va. Il n'y a pas de raison qu'il ne s'amuse pas un peu aussi.

12 juin : Stéphane Richard est mis en examen pour « escroquerie en bande organisée ». Mais relâché. "Un type bien" disent tous ses collaborateurs. Apparemment, oui. Un type bien pour donner des sous en tous cas.

 

Hier : Bernard retrouve le chemin du parloir. Et dit qu'il "n'en a rien à foutre".

Rodomontade tapinesque ou vraie affirmation ? Va savoir. Parce ce qui est intéressant maintenant c'est de savoir comment Tapie a obtenue une somme pharaonique. Certes, il a soutenu Nicolas dans sa campagne et après et, comme tous les gens de gauche qui ont retourné leur veste, il a été récompensé par un sucre. Mais dans ce cas le sucre est quand même gigantesque ce n'est même plus un sucre ou une sucrière mais carrément une usine à betteraves ! A-t-il activé des réseaux ? Gardé des dossiers du temps de son ministère ? A-t-il encore des atouts dans sa manche ?. Connaissant le personnage, c'est fort probable.

L'autre question est de savoir s'il va entraîner d'autres personnes que lui dans sa chute ou si on va lui laisser porter le chapeau...

Les prochains jours devraient nous éclairer sur ce dernier point.

 

J'ai emprunté la chronologie des Echos pour écrire ce billet...

 

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

06:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tapie, credit lyonnais, garde à vue, sarkozy, guéant, lagarde, richard | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

merci ... j'ai enfin compris ! :-)

(oui ... je suis blonde ! )

Écrit par : dana | 25/06/2013

Répondre à ce commentaire

Limpide, dôlissime et...effrayant de cynisme !
Bien que brune j'adore tes billets "La politique expliquée aux blondes"

Écrit par : Poulette Dodue | 25/06/2013

Répondre à ce commentaire

Juste une "petite" erreur : quand Tapie revend Adidas, l'entreprise est en quasi-faillite et les prêteurs allemands ne veulent plus suivre... Il n'avait rien redressé du tout !
Et Tapie accepte le prix proposé...
Il revend Adidas faute de pouvoir y remettre de l'argent.
L'entreprise vaut beaucoup plus d'argent deux ans après car elle est tirée d'affaire, d'où la plus-value, à laquelle Tapie n'a évidemment pas droit.

Écrit par : estelle92 | 25/06/2013

Répondre à ce commentaire

Génial Génial génial.
T'imagines, rire en lisant l'actualité?
Ça ne m'était pas arrivé depuis 2 siècles, vert-orange, orange-vert bref...
Un grand merci à "Nanard" aussi pour ces tribulations ironico-dramatico-romanesques.
Un chevalier de l'an 2000 ce Bernard.
Bon, j'attends que tu nous décrypte la suite.

P;S: c'est plus fort que moi, j'ai ma curiosité Voici/Gala qui s' immisce malgré moi; c'est quoi cette histoire de "Nicolas prends-moi sur la table?" Allllez steuplai explique-nous!!!

Écrit par : La Cigale ou la Fourmi | 27/06/2013

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.