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01/10/2012

Qu'on me donne l'ennui, l'ennui d'avoir ennui...

Pour avoir plagié le titre d'une chanson de Jeuni, je dois être très très fatiguée, il est temps que les vacances arrivent.

L'évidence m'a frappée avec une pelle cloutée au détour d'un diner professionnel la semaine passée.

Alors que je partais plutôt optimiste sur des échanges délicieusement informels avec mes collègues bien-aimés, force a été de constater au bout de deux heures...

Que je sombrais dans l'ennui le plus total.

C'est-à-dire qu'une demi-heure passée au descriptif des magasins présents dans la rue principale de leur ville de banlieue et de la disparition de "chez Jean-Pierre, traiteur" "qui faisait de bons plats préparés" "comme c'est dommage" n'était pas pour moi un sujet d'intérêt absolument crucial.

Même le récit d'un trek en altitude par un de mes voisins qui aurait pu devenir quelque chose d'animé et de passionnant me faisait l'effet d'un lexomil avalé avec une rasade de vodka.

A l'inverse les quelques histoires un peu ... tu vois, celles que je raconte pour animer les soirées tombaient complètement à plat dans un silence effaré.

Bref, je n'étais plus en totale connexion avec mes pairs.

Si je l'ai un jour été.

Je ne revendique pas une vie tellement plus exubérante et extraordinaire que celle des gens que je cotoie, au contraire, certains ont du faire et voir plus de choses que je n'en ferais ou verrais jamais.

Mon aventure est plutôt intérieure et cérébrale.

Comme mon voisin de table, tu peux faire le plus beau des treks et rencontrer le yéti à 4672 m, si tu me le racontes en ronronnant, je vais te bailler au visage et t'offrir mon plus joli ronflement.

Sans ping pong intellectuel, mon cerveau a tendance à s'anesthésier.

Je m'ennuie rapidement.

Trop rapidement. 

D'où une facheuse tendance à ne m'entourer que d'invidus qui potentiellement peuvent m'offrir la satisfaction de ce match de boxe mental permanent.

Epuisant, mais indispensable à l'amusement de sa majesté (moi en l'occurence au cas où quelqu'un n'aurait pas capté que je suis le centre de l'univers).

Gamine déjà, la plupart de mes congénères me lassaient relativement vite.

Evidemment expliquer l'influence de Shakespeare sur le théâtre moderne à une camarade de 8 ans qui te demande de lui faire un tatouage Malabar n'est pas forcément une bonne façon de sympathiser.

Je pense que l'on appelle ceci la précocité aujourd'hui.

A l'ère tertiaire ce n'était pas forcément clairement identifié.

Rassure-toi au passage, mère d'enfant précoce, comme tu peux le constater, ça produit un individu tout à fait médiocre une fois passé à l'âge adulte.

Terriblement, le seul côté qui te reste c'est cette exigence de stimulation intellectuelle permanente.

Qui n'est pas du tout améliorée par la pratique du web et des réseaux sociaux où tu zappes en continu d'un sujet à un autre avec des invidus qui attendent à ce que tu leur pondes une déclaration brillante toutes les deux secondes.

Ce qui fait qu'en présence de collègues dont la joie est fait de traiteurs qui tiennent boutique sur la rue principale d'une ville de banlieue, de monospace familiaux et de banquets pour les 90 ans de mamie Renée, j'ai relativement vite la tête qui tombe et qui s'immerge dans l'assiette de soupe devant moi.

C'est d'un snobisme total et absolument affreux et je viens d'avouer que je prends les 2/3 tiers de l'humanité pour de parfaits assommoirs.

Mais j'ai de moins en moins de temps devant moi pour m'ennuyer.

Je refuse donc de passer du temps par pure charité ou calcul politique avec des gens ou dans des évènements où je regarde voler les mouches au plafond tellement le niveau de fun ressemble à un cimetière un soir de brume.

La plupart du temps, je détourne les talons en dégainant un "bon, je m'en vais" à mes interlocuteurs médusés d'être laissés en plan au beau milieu d'une phrase où ils m'expliquaient leur désarroi de voir fermer "chez Jean-Pierre, traiteur" dans la rue principale de leur lieu de résidence.

Et je me fais immédiatement une cohorte d'amis fidèles, dont Jean-Pierre, qui refuse désormais de me servir quand je rentre dans son magasin.

Je brulerai certainement en enfer pour tout ceci.

Après tout, c'est mieux que de s'ennuyer au paradis
 

Jean-Pierre-TRAITEUR_reference.png

(Mouhahahaha énorme, j'en ai trouvé un)

06:00 Publié dans Les chroniques à Manu | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : ennui, relations sociales | |  Facebook | |  Imprimer | |

31/05/2011

Le génie est (parfois) ennuyeux

Pas question de se moquer du sérieux de certaines oeuvres ou réflexions qui, par essence, sont ardues à aborder.

 

Schopenhauer ou Heidegger n'ont pas couché leurs réflexions sur le papier pour qu'on se bidonne sur l'influence du christianisme dans la pensée métaphysique contemporaine.

Mais parfois le qualificatif de "génie" me laisse quand même dubitative.

 

Prenons au hasard (et entre autres) le récent palmé d'or au festival de Cannes : Terrence Malik. Ce type est encensé par l'ensemble des professionnels de la profession, critiques cinématographiques compris.

Pour ma part, je n'ai jamais pu aller au-delà d'une demi-heure de ses films sans tomber dans une transe catatonique avec filet de bave qui me coule à la commissure des lèvres.

Bon, venant d'une fille qui se poile pendant deux heures au visionage de "Fausses Blondes Infiltrées", vous me direz ce n'est pas forcément une référence. Et mon appréciation est forcément personnelle et orientée.

 

Ce à quoi je rétorquerai que j'ai aussi visionné quelques pellicules ardues et pas faciles d'accès sans pour autant basculer la tête à l'envers en ronflant sur mon fauteuil.

3 heures de Barry Lindon ne m'ont pas fait mollir d'un cil. Par exemple.

 

Mais pour Terrence Malick, rien à faire. Je reste totalement hermétique à ce que tente de raconter ce type. Dans n'importe lequel de ses films d'ailleurs. Ses longues démonstrations lyrico-naturalistes me passent totalement au-dessus du sifflet.

 

Bergman me faisait le même effet. J'avais une amie qui était fan et qui, comme la quasi-totalité des réalisateurs et critiques cinématographiques, encensait littéralement l'oeuvre du maître suédois.

 

Elle me traînait voir "cris et chuchotements" et alors qu'elle buvait les plans panoramiques sans fin, j'étais recroquevillée sur mon fauteuil dans une sorte d'hébétude figée, attendant que l'interminable séance se termine pour aller me requinquer avec une crêpe à la crème de marrons.

Et oui, j'ose le crier à la face du monde 

BERGMAN C'EST CHIANT. 

Se trifouiller le nombril avec un tournevis en chuchotant "Ingemar... Tu n'as pas descendu la poubelle, je crois que notre couple est en péril" Ca ne parle pas à mon âme.

Comme Godard dont je n'ai jamais pu terminer un film, y compris Pierrot le Fou.

 

Mozart, Matisse, Basquiat, Keith Haring, Tennesse Williams ou Baudelaire me parlent, en revanche. Je suis peut-être simplement plus sensibles aux gens qui s'adressent plus aux tripes qu'au cerveau.

Tout est affaire de subjectivité, certainement.

 

Je reconnais cependant volontiers que certains artistes, auteurs, penseurs qui ne déclenchent aucune phéromone en moi sont néanmoins des génies.

 

Je n'aime pas Picasso, mais je reconnais qu'il est un incontestable pilier de la peinture moderne. Et qu'il a marqué et bouleversé son art.

 

Et que ce n'est pas parce qu'un cinéaste fait 3 entrées qu'il n'a aucun talent. Ou l'inverse. 

 

Si "bienvenue chez les ch'tis" est un film culte dans 20 ans, je vous assure que je m'engage à acquérir l'intégralité de la filmographie de Terrence Malick et à la visionner de la première à la dernière minute.

Il faudra juste me faire une piqure d'amphétamines après pour me ramener à un état conscient.

Parce que oui, le génie est (parfois) ennuyeux.

 

(ceci dit d'abominables terroristes osent prétendre que Malick est un cinéaste totalement surcoté qui n'intéresse que des critiques de cinéma cherchant à se rendre intéressants. Je ne valide absolument pas ces propos odieux, bien évidemment)

 

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06:00 Publié dans Cinéma, Les chroniques à Manu | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : malick, bergman, godard, kubrick, génie, ennui | |  Facebook | |  Imprimer | |